Le siffleur du Chili

Français : siffleur du Chili, canard de Chiloé
Anglais : Chiloe wigeon
Allemand : Chilepfeifente
Néerlandais : Chili smient

Physiologie

Longueur : 43-54 cm
Envergure : 75-84 cm
Poids : 800-8940 g
Statut : non menacée

Présentation

Le siffleur du Chili (Anas sibilatrix) est un canard de surface qui, comme son nom l’indique, provient d’Amérique du sud et dont le mâle émet un sifflement caractéristique (trisyllabique). Ce canard originaire de l’hémisphère sud se rencontre couramment en élevage où il se reproduit aisément. Ce canard séduit beaucoup d’amateurs car il ne demande pas de soin particulier, son chant est agréable, le plumage de la femelle est presque identique à celui du mâle et ce canard ne perd pas ses couleurs durant notre été.
Voici une brève description de l’apparence de ce canard : la nuque et le sommet de la tête sont noirs tandis que le front et les joues sont de couleur blanche. Les flancs de la tête sont verts métalliques et les flancs sont roux. En ce qui concerne la poitrine, celle-ci est bariolée noir et blanc. Enfin, les plumes du dos sont noires avec un bord blanc. Les pattes sont grises, l’œil est brun-noir et le bec est bleu bordé de noir. La femelle, plus petite que le mâle, a un plumage plus terne que le siffleur alors que le juvénile ressemble à la femelle mais les zones blanches de la tête sont moins marquées.

Répartition

Anas sibilatrix

Sédentaire ou vagabond selon que l'eau abonde ou que les lacs et marais sont secs, le siffleur du Chili peut être considéré comme un migrateur partiel sauf en Terre de Feu (extrême sud du continent américain) où il est franchement migrateur. Dans cette contrée, il s'en va vers le nord après la saison de reproduction, c'est-à-dire en mars ou avril. Il revient en octobre. Cet oiseau assez commun, mais timide, peuple le sud du continent sud-américain. Son aire de nidification s’étend ainsi en Argentine, au Chili et en Uruguay ainsi qu’aux îles Falkland (à l’est de la pointe sud du continent) et Chiloé (à l’ouest du Chili). Des individus ont aussi été observés occasionnellement sur certaines îles situées au sud de ce continent (South Georgia, South Orkney, etc.).
Durant l’hiver austral, le siffleur du Chili peut migrer un peu vers le nord jusqu’au sud du Brésil et au Paraguay. Il ne monte guère plus au nord.
La population de cet anatidé semble stable malgré la chasse locale. On estime leur nombre à 500 000 individus adultes.

Comportement

Le siffleur du Chili est un canard d’eau douce qui vit dans les vallées fluviales, près des lacs (artificiels ou naturels), dans les marais et dans les lagunes peu profondes de la Pampas. On peut aussi l’observer dans des régions boisées. Il se déplace par petits groupes et il semble vivre toute l’année en couple. Son alimentation est essentiellement végétale : plantes aquatiques, herbes, graines et occasionnellement des algues côtières. Il lui arrive aussi de manger des insectes et autres invertébrés.

Nidification

La nidification a généralement lieu entre septembre et décembre sur le continent. Chaque couple défend un petit territoire. La femelle pond 8 à 10 œufs à terre parmi les herbes ou dans un buisson. Le nid se situe souvent à distance de l'eau. La femelle couve les oeufs blancs-crème (58 x 40,5 mm et 53 g en moyenne) durant 24-27 jours. Le mâle surveille le territoire durant l’incubation et il aide fréquemment la femelle à guider les canetons après l’éclosion.

Le siffleur du Chili en captivité

Il semblerait que ce canard fut un des premiers anatidés de ce continent domestiqués (1870) et envoyé en Europe. A l’heure actuelle, cet oiseau est très répandu grâce notamment à son plumage coloré. Son succès est aussi dû à l’absence de mue d’éclipse, à son chant et à sa robustesse. En effet, il peut vivre une vingtaine d’année et il se reproduit bien en élevage dès la seconde année. Enfin, le siffleur du Chili est habituellement sociable et très fidèle. Cependant, certains oiseaux mal accouplés peuvent s’hybrider avec le canard colvert, les autres siffleurs (d’Europe et d’Amérique), la nette rousse, le chipeau, le carolin, les pilets (d’Europe, des Bahamas et du Chili) ou encore avec les sarcelles cannelle et à faucille.
Sous nos latitudes, la reproduction a lieu entre avril et juin. La femelle peut pondre dans la végétation ou dans un nichoir. L’élevage des jeunes est simple et les cannetons sont bagués avec des bagues de 10 mm vers l’âge de 14 jours.

Expérience d’élevage

Pour moi, le siffleur du Chili est un canard qui n’a que des qualités ! En effet, les couples que je détiens sont très fidèles, leurs sifflements sont très agréables (pas aigus comme certains dendrocygnes ni trop bruyants comme la plupart des bernaches et oies), ils reproduisent correctement et ils ne demandent pas de soin particulier malgré nos hivers parfois rigoureux comme celui dont nous sortons.

Avant de vous raconter ma propre expérience, je souhaiterais écrire un paragraphe qui me semble important. J’ai été surpris de lire que ce canard pouvait ennuyer d’autres espèces en cas de cohabitation et s’hybrider facilement. Les problèmes d’hybridation peuvent apparaître à cause d’un manque de vigilance de celui qui détient les oiseaux mais surtout de celui qui les a élevés. Si les oiseaux ne se connaissent pas et qu’ils ne sont pas accouplés, il peut être intéressant de les isoler durant quelques semaines. Il est certain qu’il faut éviter de le mettre en présence des 2 autres siffleurs (Anas peneloppe et A. americana). Par contre, si les oiseaux n’ont pas eu un bon repère durant leur croissance, alors le problème peut être plus complexe. En effet, il est important que les jeunes d’une espèce grandissent parmi d’autres cannetons de leur espèce afin de « savoir » à quelle espèce ils appartiennent. On connait assez bien les phénomènes d’imprégnation des oiseaux envers celui ou celle (personne, poule, chien,…) qui a été présent durant une période capitale pour le jeune mais on connait (ou accepte) moins le fait que le mélange de jeunes oiseaux peut être tout aussi néfaste. En effet, si des oiseaux de différentes espèces grandissent ensemble, certains problèmes se posent parfois plus tard: une fois adulte, ils pourraient s’accoupler avec une autre espèce. Comme le siffleur du Chili s’élève facilement, je pense que les nombreux cas d’hybridation proviennent de ce manque de vigilance : on mélange des siffleurs du Chili éclos artificiellement avec d’autres espèces (peut-être dans le but de leur fournir un tutorat) et plus tard, le siffleur forme un couple avec un oiseau de cette espèce. Méfiez-vous donc des mélanges d’espèces dans les éleveuses.

Mon premier couple de siffleur du Chili a été trouvé par hasard chez un petit marchand de la région. Ca devait être en 1999…. Un second couple est venu les rejoindre quelques années plus tard. Ces 2 couples s’épanouissent dans un grand enclos collectif avec de nombreuses autres espèces dont le pilet d’Europe, pilet des Bahamas, …. Je n’ai jamais eu de cas d’hybridation avec les siffleurs, mes couples étant toujours très unis. Durant la saison de reproduction, les mâles sifflent et se répondent. C’est un véritable spectacle pour les yeux et les oreilles.
Ma vieille femelle pond toujours dans le même nichoir entre 8 et 14 œufs chaque année. La seconde femelle n’a pas pondu chaque année et il lui est arrivé de changer de nichoir d’une année à l’autre. Bien que mes canards disposent de carex, bambous et autres buissons, mes siffleurs ont toujours pondu dans des nichoirs. D’après mes notes, la ponte du premier œuf a lieu entre le 24 mars et le 4 mai. La moyenne étant le 15 avril. Le nid comprend 5 à 7 œufs les premières années et davantage lorsque la femelle est plus âgée (jusqu’à 14 œufs). Je ne sais plus à quelle âge mes couples ont reproduit la première fois mais un couple issu de mon élevage avait pondu la première année chez son acquéreur qui n’avait pas eu de jeune cette année-là. Il semblerait donc que la maturité sexuelle est bien de 2 ans (pour les mâles en tout cas). Mon vieux couple reproduit chaque année malgré son âge avancé.
Les jeunes sont laissés aux parents qui sont isolés dans une volière pour l’élevage des jeunes (ou la femelle seule parfois pour éviter de stresser les autres canards en devant sortir l’épuisette pour attraper le père….) ou bien la petite famille s’épanouit dans ce vaste parc non couvert d’un filet. Il m’est arrivé de confier l’incubation et l’élevage à une poule nègre-soie avec succès ou encore, comme l’année passée, d’essayer l’incubation artificielle. Dans tous les cas, les jeunes sont vigoureux, volontaires pour se nourrir et assez calmes. Ils ne sautent pas dans les éleveuses comme les mandarins ou carolins. Il est important que les jeunes, tout comme les adultes d’ailleurs, disposent d’herbe à volonté. L’idéal est de les laisser se balader sur du gazon mais si vous optez pour l’élevage artificielle, je vous conseille de fournir des végétaux frais aux cannetons et de les mettre à l’extérieur dès que la météo le permettra. Si vous voulez isoler la mère et ces jeunes, il ne faut pas qu’elle voit (ni entende) les autres canards de son parc habituel. Ceci est valable pour d'autres espèces car le plus souvent, les mères chercheront à sortir de leur nouvel espace de vie pour rejoindre les autres et elles ne s’occuperont pas des jeunes. Pire, si l’éleveur n’intervient pas à temps, la femelle aura tué ses jeunes en les piétinant.
La croissance des jeunes est rapide. C’est donc un canard à conseiller aux débutants et même aux autres qui souhaitent profiter des couleurs et sons agréables dans leur enclos ou encore se servir de ce canard pour incuber des oeufs d’espèces plus délicates.

Bibliographie