Le fuligule morillon

Par D. Lesoinne

Latin : Aythya fuligula
Allemand : reiherente
Anglais : tufted Duck
Néerlandais : europese kuifeend

Présentation

Le fuligule morillon est un canard plongeur que l’on rencontre dans toute l’Europe, en Asie et dans la moitié nord de l’Afrique durant l’hiver. C’est le fuligule européen le plus fréquent et il se rencontre aisément dans nos lacs, rivières et fleuves. Ce canard opportuniste se rencontre aussi sur des points d’eau artificiels ou encore dans certains parcs publics où ils peuvent devenir familiers avec les promeneurs. Il niche en Belgique. En France, c’est un visiteur rencontré surtout dans l’Ouest. Il est fréquent en captivité, peu lucratif et convient aux éleveurs débutants.

Description

Le dimorphisme sexuel est important et le mâle en plumage nuptial (d’octobre à juin) ne peut être confondu avec aucun autre fuligule : son plumage noir brillant présente des reflets verdâtre tandis que ses flancs et son ventre sont blancs. Il porte une huppe qui pend sur la nuque. D’ailleurs, Aythya fuligula porte le nom de « kuifeend » en néerlandais (« canard à huppe»). Son iris est jaune vif. En plumage d’éclipse, ses flancs sont gris foncés et il n’a plus sa huppe. Il ressemble alors davantage à la femelle.
La femelle est entièrement brune et peut présenter une tache blanche autour du bec. Sa huppe est plus courte que celle du mâle et son iris est également jaune. Chez les deux sexes, le bec est gris-bleu avec un onglet noir tandis que les pattes grises présentent des palmures foncées. En vol, le fuligule morillon est reconnaissable grâce à une barre alaire blanche.
Concernant leurs mensurations, leur envergure varie de 67 à 72 cm, leur longueur corporelle se situe entre 40 et 47 cm pour une masse moyenne de 740g (mâle) et de 680g (femelle).
Enfin, les jeunes ressemblent aux femelles et les mâles prendront leur plumage adulte à la mue d’automne. Le fuligule morillon est sexuellement mâture la première année mais il n’est pas rare de devoir attendre la seconde année pour avoir une descendance.

Population

La population mondiale de fuligule morillon est estimée entre 2 600 000 et 2 900 000 individus. Ses effectifs semblent actuellement stables. D’ailleurs, ce fuligule est classé « Least Concern » (préoccupation mineure) sur la liste de l'UICN.

Biotope et nourriture

L’habitat des fuligules morillons varie selon les saisons en raison de son comportement migratoire. Tout au long de la saison de reproduction, ils sont le plus souvent trouvés dans les lacs peu profonds. Ils préfèrent les eaux douces allant de 3 à 5 m de profondeur. La végétation est importante pour la confection du nid. En hiver, ils se trouvent généralement dans les grandes étendues d'eau libre comme les marais, les lacs, les estuaires et les étangs artificiels. Pendant les périodes de migration, ils peuvent être rencontrés sur les côtes et sur des rivières.
Le fuligule morillon est omnivore : il se nourrit de mollusques, de crustacés, d’insectes aquatiques et de petits poissons d'une part et de nourriture d’origine végétale d’autre part. Cette dernière est consommée sur l’eau (plantes aquatiques) ou sur la terre (graminées mais surtout céréales). Son alimentation varie d’une région à l’autre. Les oiseaux qui séjournent dans les bassins urbains en hiver mangent aussi le pain et les différents déchets que les passants jettent à leur intention.
Pour se nourrir, le fuligule morillon peut plonger durant 15 à 20 secondes. Pour aider son corps à s’immerger, il se lance un peu hors de l’eau.

Nidification

Le fuligule morillon est monogame mais les couples ne se forment que pour une saison de reproduction. La formation des couples débute en janvier ou février. La cane retourne souvent nicher dans le même site qu’elle occupait l’année précédente. On a aussi remarqué que la vie et la reproduction en groupes ne lui déplaisent pas. En effet, en Ecosse, le fuligule morillon niche au sein des colonies de mouettes, goélands ou sternes (nids espacés de 2 à 3 mètres). En Islande par contre, les femelles nichent en dessous de buissons bas ou sous des plantes à larges feuilles. On a aussi observé des nids confectionnés sur la berge ou au-dessus de l’eau (nid flottant). Les endroits prisés sont les îles. Bien que le fuligule morillon ne niche pas en colonie, les femelles peuvent nicher sur le même site. Dans ce cas, les nids sont espacés de 7 à 11 mètres.
C’est la cane qui construit le nid avec des débris de végétaux secs qu’elle garnit d’un duvet foncé. Dans la nature, la ponte débute rarement avant la mi-mai. La femelle pond entre 6 et 12 œufs lisses dont la couleur peut varier du brun clair au gris-olive (59 x 41 mm pour un poids d’environ 56 g). La femelle couve seule durant 24 à 26 jours.
Les cannetons pèsent généralement entre 28 et 31 grammes à la naissance. Leur duvet est brun-olive, leur iris bleu-gris et ils sont déjà capable de plonger après quelques heures de vie. Les jeunes grandissent rapidement en se nourrissant principalement d’insectes. Ils sont capables de voler au bout de 7 à 8 semaines.

Législation

Le fuligule morillon n’est pas chassable en Région wallonne (Arrêté du Gouvernement wallon du 23/05/2011) tandis que ce canard est sur la liste des gibiers d’eau en France.

Détention

C'est une espèce très connue en captivité où elle est élevée en semi-captivité en Europe depuis plusieurs siècles. On cite déjà sa présence sur les étangs de Versailles et au Hydeparc de Londres au XVIIème siècle. Au zoo de Londres, il est régulièrement élevé depuis plus de 125 ans tandis que celui de Berlin a réussi sa reproduction en 1910. Les années suivantes, elle était tellement importante que les responsables du zoo décidèrent de ne plus éjointer les jeunes, ce qui ne les empêcha pas de rester sur place et de continuer à se reproduire. Aujourd’hui, l’espèce ne manque plus dans aucun zoo ou parc d’oiseaux.
Chez les particuliers, le fuligule morillon se rencontre régulièrement. Ce canard est facile à détenir, que ce soit par couple ou au sein d’un groupe d’anatidés. Attention cependant aux croisements possibles avec d’autres oiseaux : petit fuligule (Aythya affinis), fuligule milouinan (Aythya marila), fuligule nyroca (Aythya nyroca ), fuligule à bec cerclé (Aythya collaris), fuligule milouin (Aythya ferina), sarcelle d’été (Anas querquedula).
Les femelles ne nichent pas toutes à un an. Le nid est construit de préférence dans la végétation (bambou, carex, graminée, roseau, iris, etc.). Certaines femelles acceptent aussi les nichoirs posés sur le sol ou légèrement surélevés ou encore un petit tonneau en plastique avec une buse. On a déjà rencontré des femelles qui pondaient dans un ancien nid de cygne. Dans tous les cas, les fuligules préfèrent pondre dans un endroit dissimulé par de la végétation. La ponte d’un fuligule morillon a lieu en avril ou mai. La reproduction peut avoir lieu la première année et une ponte de remplacement est possible aussi. En captivité, la femelle fuligule morillon pond dans la végétation à proximité de l’eau ou bien dans un nichoir.
Après 24 à 26 jours, les jeunes naissent. Ils sont bagués avec une bague de 9 mm vers l’âge de 13-15 jours. Les plumes des flancs apparaissent au début la 3ème semaine et la pousse des plumes devient générale la 5ème semaine. Les jeunes sont totalement plumés après 50 à 60 jours.

Expérience d’élevage avec le fuligule morillon (par D. Lesoinne)

Le fuligule morillon est un canard relativement discret et très pacifique avec les autres anatidés. Vous pouvez sans aucun problème détenir plusieurs couples de fuligules morillons car les mâles se tolèrent durant toute l’année. Ces derniers, lorsqu’ils sont en plumage nuptial, attirent toujours le regard des personnes visitant mon élevage. En effet, le contraste noir et blanc du male ainsi que son œil jaune vif sont particulièrement séduisants.

Actuellement, je détiens 3 mâles et 4 femelles de cette espèce dans un grand parc où ont été creusés 2 bassins. Le premier, d’une superficie d’environ 4 mètres carrés et d’une profondeur de 80 cm, recueille les eaux d’un toit. Ce premier bassin est relié au second bassin nettement plus grand (12 m² plus ou moins) tout aussi profond (75 cm). Une zone plantée de menthe aquatique et de carex prolonge cette pièce d’eau afin d’absorber l’eau qui y déborde régulièrement. Ces bassins, créés en bâche Firestone et vidés entièrement 4-5 fois par an, se trouvent dans un grand parc enherbé qui accueille environ 16 couples de canards (siffleur du Chili, mandarin, carolin, sarcelle d’hiver et versicolore, canard chipeau, pilets d’Europe et des Bahamas) et 2 couples d’oie (rieuse) durant la saison de reproduction. Les fuligules morillons plongent régulièrement sous la surface de l’eau mais ce comportement n’est pas vital pour eux ni indispensable pour sa reproduction. En effet, j’ai déjà visité des élevages où le fuligule morillon était détenu sur des bassins peu profonds (30 cm).
Mes oiseaux disposent d’un abreuvoir de 6 litres d’eau renouvelée tous les 2 jours au printemps et en été. En hiver, la glace envahit le plus grand bassin qui se trouve au centre du parc tandis que le petit bassin reste généralement libre de glace sauf en cas de gelées très fortes durant plusieurs jours de suite. Ce point d’eau gèle difficilement grâce à sa situation dans le parc (notamment situé le long d’un mûr) et parce que la superficie très faible de ce bassin permet à l’eau d’être constamment en mouvement vu le nombre de canard se partageant cette mare. Durant les périodes de froid intense, mes oiseaux disposent de récipients contenant de l’eau changée 2 fois par jour. Tous supportent ainsi les hivers parfois longs, neigeux et très froids. Il est déjà arrivé que tous les bassins gèlent entièrement durant plusieurs jours. Je n’ai jamais observé de problème de plumage suite à des périodes prolongées où mes canards, oies et bernaches ne disposaient pas d’eau pour se baigner.
En ce qui concerne la nourriture, les fuligules morillons disposent d’une mangeoire anti-gaspillage contenant du granulé pour oiseaux aquatiques associé à un mélange de graines concassées destinées à la volaille. Ces 2 types d’aliments sont mélangés en parts égales et l’aliment « entretien » pour canard est parfois remplacé par du granulé « ponte » durant les mois d’avril et mai.

La parade du fuligule morillon n’est pas très spectaculaire et le chant du mâle est discret. Les mâles se répondent volontiers mais ils émettent plus de sons durant l’hiver qu’au printemps. Fin avril, les couples s’isolent et ils parcourent le parc mais ce n’est qu’au mois de mai que les femelles visitent les nichoirs. Chez moi, le nid n’est confectionné que très peu de temps avant la ponte du premier œuf. Les canes peuvent être fidèles à leur nichoir mais ce n’est pas une généralité. Les endroits choisis pour nicher varient suivant la femelle et la saison. J’ai ainsi obtenu des nids dans des carex, un petit nichoir carré sans sas (35 x 25 x 28, posé sur une brique), un grand nichoir rectangulaire avec sas (65 x 35 x 25, posé sur 2 blocs en béton), un nichoir posé sur des souches d’environ 20 cm de haut (52 x 35 x 23), etc. Les femelles ne semblent donc pas très exigeantes pour ce choix. La ponte débute entre le 13 mai et le 28 mai d’après mes notes des 3 dernières saisons. Les œufs verts sont volumineux et leur coquille est lisse. Une ponte complète se compose de 3 à 5 œufs pour une seule cane si on ne retire pas les œufs durant cette période. Il arrive que 2 canes pondent dans le même nichoir. Les fuligules morillons pondent en général à 2 ou 3 ans. Chez moi, une cane avait pondu à un an mais la ponte n’était composée que de 2 œufs.
Les canes sont assez calmes durant l’incubation et je peux ouvrir les nichoirs pour observer les canes sans que celles-ci ne prennent peur. Après 25 jours en moyenne, les canetons naissent sous la mère et après 24 heures, la famille se rend sur le bassin si on opte pour l’élevage naturel. Les jeunes resteront beaucoup sur l’eau où ils sont capables de plonger en cas de danger ou si vous voulez les attraper pour les éjointer. Des petits plateaux contenant de la nourriture adaptée seront placés sur les berges. Si vous disposez d’un nichoir sur la berge, la famille pourrait aller se reposer dans cet endroit à l’abri des prédateurs. Les canetons grandiront rapidement sous l’œil attentif de leur mère. Si plusieurs nichées de fuligule morillon aboutissent en peu de temps, les canes créeront des crèches et les jeunes se mélangeront et grandiront sous la surveillance des 2 mères.
L’élevage artificiel des jeunes est possible. Les cannetons sont volontaires pour boire et se nourrir. Il m’est arrivé aussi de confier l’incubation à une poule nègre-soie qui avait parfaitement rempli son rôle et élevé les jeunes durant plusieurs semaines. Cette dernière méthode n’est pas idéale pour les fuligules car au moment du sevrage, les jeunes n’iront pas volontiers sur l’eau.

Pour conclure, le fuligule morillon est facile à détenir car il n’exige pas une eau limpide ni un bassin profond. De plus, ce canard sociable se contente de nourriture classique pour oiseaux d’eau. Le mâle attirera certainement tous les regards par son plumage nuptial et le couple par ses plongées. Vous pouvez laisser le soin à la cane de couver ses œufs et d’élever sa progéniture car c’est une mère attentive.

Bibliographie